Le bilan d'une année de recherches sur ma généalogie



Photo de famille - A gauche Pierre Rabec mon arrière-grand-père (1923)


La fin de l'année est traditionnellement celle du bilan, alors permettez-moi de partager avec vous ces quelques lignes sur une année passée à travailler sur ma généalogie

J'aimerais commencer par vous dire qu'il y a  quelque chose que je n'avais pas anticipé en débutant mes recherches :  fouiller son histoire familiale, c'est explorer le genre humain dans ce qu'il a parfois de plus effrayant.

Au fil de mes recherches, j'ai croisé les jeunes filles qui se prostituent pour survivre. J'ai découvert celles qui sont envoyées en prison parce qu'elles ont tenté d'avorter. J'ai rencontré les femmes qu'on humilie parce qu'elles ont donné naissance à leur enfant hors mariage. J'ai découvert les jeunes hommes de vingt ans qu'on envoie mourir sur un champ de bataille et les traumatismes des familles décimées par la Grande guerre. J'ai rencontré celui qui menace de tuer sa femme sous l'emprise de l’alcool ou celle qui se pend dans son salon un matin d'hiver. J'ai fait connaissance avec la mal nommée justice qui envoie ses enfants au bagne. J'ai côtoyé des maladies, les blessures et l'indigence. J'ai entre-aperçu les lueurs des bombes qui explosent et anéantissent toute une ville.

J'anticipais ce genre d'histoires et leur noirceur. Et pourtant, toutes m'ont heurté plus que je ne l'aurais imaginé. L'explication tient peut-être du fait qu'il s'agit quelque part de ma propre histoire puisque ce fut celle de mes ancêtres et de l'époque à laquelle ils ont vécu.

Mais c'est aussi peut-être du à la nature de l'objectif que je poursuis : je ne cherche pas uniquement à placer des noms et des dates sur un arbre. Je veux surtout raconter ces histoires et les partager avec le plus grand nombre à travers ce blog.  Cela oblige à un effort de l'esprit pour imaginer ce que je ne peux que deviner à défaut d'avoir des certitudes. Et cela m'oblige également à un effort du cœur pour ressentir toutes ces joies et ces peines. Alors forcément, on ne ressort pas tout à fait indemne de cet exercice.

Je ne voudrais pas toutefois vous amener à penser que la généalogie est un exercice d'introspection qui consiste à dialoguer avec des gens morts car cette année a été aussi l'occasion de belles rencontres - avec des gens bien incarnés cette fois - qui m'ont permis d'aller plus loin dans mes recherches.

Des auteurs, des journalistes, des historiens, des bénévoles, ... Il y a dehors un monde incroyable de gens passionnés et prêts à aider. Sans compter ma famille, mes parents, mes oncles, mes tantes, mes cousins et cousines. Je crois que j'ai jamais été aussi proche et connecté à ma famille que depuis que j'ai débuté mes recherches.

2019 aura été enfin marqué de nombreux temps forts et surprises. Je n'imaginais pas que mon travail sur Julie Binay (mon aïeule envoyée au bagne à vie en Guyane) puisse contribuer à la publication d'un livre qui s'inspire de son histoire à paraître en 2020. Pas plus que je n'espérais pouvoir mettre la main un jour sur la une photo de mon arrière-grand-père (en illustration de cet article) ou visiter un jour la maison où celui-ci est né. Et je n'avais pas vu venir non plus que mon article sur mon grand-père Gaston Toutain entraîneur au HAC devienne l'article le plus lu sur mon blog et soit repris dans la presse locale.

Si je devais résumer ma première année de recherches, je dirais que depuis un an je danse sur une montagne de fumier. Cette montagne de fumier s'appelle le passé. La chose heureuse c'est que sur ce passé pestilentiel poussent de sublimes roses aux couleurs épatantes : Julie, Clémence, Gaston, Pierre, ...

Et après une année à brasser le passé, je n'ai aucun doute que le parfum de chaque rose à lui seul aura valu mon incursion dans le monde de mes ancêtres.

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